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L’échec, un facteur de réussite ?

Publié le 16/09/2016 - Par Nelly Lambert

Si l’on peut se réjouir que l’esprit entrepreneurial souffle de plus en plus sur les Français, l’échec fait, aussi, souvent partie de l’équation. Faut-il forcément le regretter ? Eléments de réponse…

L’échec, un facteur de réussite ?

Son nom fait office de porte-étendard lorsque l’on parle de rebond entrepreneurial : Steve Jobs, le patron sans doute le plus emblématique de la réussite a en effet subi plusieurs revers. Mais derrière ce symbole, ou d’autres régulièrement invoqués lors de conférences ou d’essais sur l’échec, quelle est la réalité ?

Lui-même entrepreneur en plus d’être conférencier, Yannick Roudaut fait partie de ces « aventuriers » qui ont su rebondir. « Il y a quelques années, j’avais créé une entreprise de CD-Rom pédagogiques qui apprenaient aux gens à jouer en bourse. Pendant trois ans, celle-ci a bien fonctionné et de grands éditeurs nationaux commençaient à m’approcher.  Mais le marché s’est retourné après le 11 septembre 2001 et l’éclatement de la bulle internet et cela s’est soldé par un échec », se souvient-il.

La faillite entrepreneuriale est une réalité difficilement contournable. En France, la moitié des tentatives se soldent par un échec à 5 ans (source Insee). Ce qui pose forcément la question du rebond dans un pays où, culturellement, l’insuccès est loin d’être considéré comme un atout dans un parcours professionnel… Julien Cusin, maître de conférence à l’IAE de Bordeaux et auteur de « Faut-il échouer pour réussir ? », parle d’ailleurs de tabou : « Pendant longtemps, quand je menais un entretien avec un entrepreneur qui avait échoué, nous évitions soigneusement d’utiliser le mot « échec ». On parlait d’insuccès, de difficulté. » Il résume ainsi le contexte : « un entrepreneur qui a échoué a deux possibilités pour rebondir : repartir dans un emploi salarié ou recréer. Dans le premier cas, si le recruteur le regarde comme quelqu’un de fragilisé, d’incompétent, il n’y a pas de porte de sortie. Dans le second cas, si le banquier le regarde avec malveillance, il est également coincé. »  

Un tabou en passe d’être (enfin) levé ?

S’il a su rebondir, Yannick Roudaut a fait l’amère expérience de cette seconde situation.  « Quand vous avez une traite rejetée en banque, vous êtes fiché à la Banque de France pendant deux ans. Si derrière j’avais eu besoin de lever de l’argent, d’investir, je n’aurais pas pu. Le process bancaire ne favorise pas la prise de risque », regrette l’entrepreneur.  

La différence culturelle entre la France et les USA sur la perception d’une faillite est désormais bien connue. Avec un net avantage pour la vision portée outre-Atlantique. « Aux Etats-Unis, un échec démontre une volonté de prendre un risque. Or, on sait qu’en France, on a une plus grande aversion pour celui-ci. Et la culture, c’est ce qu’il y a de plus long à changer », souligne Julien Cusin.

Le rôle de l’éducation

Dès lors, les regards ont tendance à se porter du côté de l’éducation. « Ce que je regrette, c’est que dans les écoles de commerce, par exemple, on ne forme pas les gens à créer des entreprises, des aventuriers. On forme des cadres, des managers », pointe Yannick Roudaut. Julien Cusin souligne, lui aussi, certaines failles du système éducatif : « L’enseignement s’appuie sur des études de cas et ce sont généralement des success story que l’on valorise. On met très peu en avant les cas d’échec et même quand on les appréhende, c’est caricatural. Pour ma part, je prône une approche moins manichéenne des choses. » 

Zoom

Julien Cusin, Maître de conférence à l'IAE de BordeauxUn profil plus apte à rebondir ?

Auteur de « Faut-il échouer pour réussir ? », Julien Cusin est aussi maître de conférence à l’IAE de Bordeaux. Pour lui, « il existe un certain nombre de travaux sur les ressorts qui facilitent la résilience. On en distingue deux types : ceux qui sont propres à la personne et des facteurs externes. Pour les ressorts internes, on sait qu’il y a des gens plus naturellement résistants, agiles, susceptibles de rebondir. Mais ces travaux montrent aussi que la résilience n’est pas forcément innée. Elle s’apprend, et c’est le rôle des associations, des coachs de faire office de tuteur de résilience. On peut vraiment aider les gens à rebondir, à partir du moment où ils acceptent l’idée qu’ils ont échoué et qu’ils ont besoin d’être aidés. »

Pour autant, l’universitaire se veut optimiste : « Il y a aujourd’hui des signaux positifs, même s’ils sont encore faibles, auprès de la nouvelle génération notamment. Le fait qu’on importe les failcon*, la charte mise en place sous l’égide de l’ancienne ministre Fleur Pellerin, l’apparition d’associations comme 60 000 Rebonds, SOS Entrepreneur ou Second souffle, la couverture médiatique déployée autour du sujet… sont autant de points positifs. Et à l’intérieur de l’entreprise aussi, on commence à sentir une évolution. »

Le regard porté sur l’échec  est d’autant plus crucial que l’on incite de plus en plus à l’entrepreneuriat. C’est ce que souligne Yannick Roudaut : « Avec la conjoncture économique et parce qu’ils ne sont pas forcément bien dans leur peau en étant salariés, beaucoup ont envie de prendre leur indépendance. » Celui qui intervient pour préparer les esprits aux mutations de notre société, va même plus loin. « Le revenu universel  permettrait à tous ceux qui le souhaitent de créer une entreprise au lieu d’être en précarité comme c’est le cas pour un grand nombre aujourd’hui. »

Dédramatiser l’échec ou le banaliser ?

Associé de la société de conseil 1001 Start-ups, Kevin Bresson introduit une voix un peu dissonante. A l’origine d’un billet « Startup : arrêtons de glorifier l’échec ! » ayant connu un certain retentissement, cet entrepreneur qui a lui-même connu un échec se révolte contre ce qu’il estime être une double hypocrisie.  « La première, c’est de dire que tout le monde peut être entrepreneur. Aujourd’hui, on pousse largement à le devenir, sauf que tout le monde n’a pas les épaules pour. On sait donc qu’il va y avoir beaucoup d’échecs. C’est mathématique. » Et de poursuivre. « La seconde hypocrisie, c’est de dire qu’un échec, ce n’est pas grave, que c’est même bien. Tout dépend de ce qu’il y a après l’échec ! », prévient-il.

Après la publication de son billet, l’entrepreneur a reçu des témoignages de pairs. Ils lui ont exprimé leur malaise face à un discours qui tendrait à banaliser l’échec. Kevin Bresson fait ainsi le parallèle avec un divorce dans la vie personnelle : « l’entrepreneuriat subit la même tendance. On y va en se disant qu’au pire des cas ça fera une expérience et quand ça ne nous va plus, on abandonne. » Julien Cusin le confirme : « Le tabou de l’échec est effectivement en train de tomber et comme dans tout mouvement de balancier, le risque est de tomber dans l’excès inverse ». Mais, temporise également. « A ce stade, ça me semble prématuré. On est encore loin de la glorification de l’échec », estime-t-il.

Persuadé que l’on n’apprend de l’échec que si celui-ci nous a causé une perte, Kevin Bresson met en garde. « Aujourd’hui, lorsque vous montez une start-up, vous pouvez vous débrouiller pendant un an, sans avoir mis de fonds personnels, sans avoir pris trop de risques, sans être sorti de votre zone de confort, et du coup vous n’apprenez pas de votre échec .» Julien Cusin, quant à lui, préfère pointer un autre danger. «  A force de montrer du doigt ceux qui ont échoué, on a provoqué un comportement défensif. Résultat : plutôt que de se demander ce qui a été mal fait et d’apprendre de ses erreurs, l’entrepreneur en échec va chercher à protéger son image et à (se) convaincre qu’il n’a pas de responsabilité dans ce qui lui est arrivé. »

 

*les failcon sont des conférences sur les bienfaits de l’échec déployées aux Etats-Unis et dont le concept a été importé en France au début des années 2010.

En savoir plus

Quels sont les facteurs de survie d’une entreprise ?

Dans une étude intitulée « Nouvelles entreprises, cinq ans après : l’expérience du créateur prime sur le diplôme » réalisée en 2006, l’Insee met en exergue les facteurs de survie entrepreneuriale :

  • Le profil du créateur : l’expérience, surtout dans le même domaine professionnel, prime sur le diplôme. L’âge et le sexe jouent aussi un rôle, les entreprises créées par les femmes connaissant un taux d’échec à 5 ans plus fort
  • Les moyens mis en œuvre : les chances de survie augmentent avec le capital initial et le fait de bénéficier d’un entourage entrepreneurial ainsi que d’un accompagnement.
  • Le choix de la forme juridique : les sociétés résistent mieux que les entrepreneurs individuels
  • Le chiffre d’affaires : plus celui-ci est important à trois ans, plus les chances de souffler la 5e bougie sont bonnes. 

 

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