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Les biotechnologies nantaises à la pointe des médicaments du futur

Publié le 09/10/2015 - Par Fabienne Proux

Filière à part entière de l’économie locale, le pôle nantais des biotechs bénéficie d’une reconnaissance nationale. Issues de laboratoires d’excellence, elles profitent d’un écosystème favorable à leur essor et préparent de véritables ruptures thérapeutiques.

Les biotechnologies nantaises à la pointe des médicaments du futur

« Le territoire est bien identifié dans le milieu français des biotechnologies et son excellence est aujourd’hui reconnue », affirme Hedwige Schaepelynck, chargée de l'accompagnement des entreprises en biotech – santé à Atlanpole. Elle en veut pour preuve la sélection par le Leem (fédération des entreprises du médicament) de deux entreprises nantaises sur les 15 sociétés françaises invitées à participer aux premières Rencontres internationales de biotechnologies, qui se sont tenues en juillet à Paris. Dédiée aux maladies rares, cette manifestation avait l’ambition de faire se rencontrer start-up et grands groupes pharmaceutiques. Pour des raisons économiques, les liens qui se nouent entre ces différentes structures sont de plus en plus étroits, les laboratoires ayant plutôt tendance à fermer leurs centres de R&D pour s’appuyer sur les start-up afin de mettre au point de nouveaux médicaments. Les deux pépites nantaises retenues par le Leem sont Horama et InFlectis Bioscience, créées respectivement en 2014 et 22013. La première élabore une thérapie génique pour traiterdes maladies génétiques rares en ophtalmologie pour lesquelles aucun traitement n’existe. La seconde s’intéresse aux maladies neurodégénératives ou liées au vieillissement. Leur sélection constitue une vraie reconnaissance pour la filière nantaise, « d’autant plus face au poids que représente Paris dans ce domaine », ajoute Hedwige Schaepelynck, qui souligne la montée en puissance des entreprises développant des produits thérapeutiques, alors que jusqu’à présent le secteur des biotechs nantaises comportait essentiellement des sociétés de services (Clean Cells, Atlanstat, Atlantic Bone Screen…).

Une école doctorale biologie-santé

C’est le cas d’Effimune, une entreprise de 15 personnes s’intéressant depuis 2007 aux molécules thérapeutiques qui régulent le système immunitaire lors de transplantations et de certains cancers. Deux études réalisées début 2015 sur son produit phare, le FR 104, ont démontré l’efficacité de ce candidatmédicament dans le cas d’une greffe du rein et du traitement de la sclérose en plaques. Une « reconnaissance internationale majeure » pour Effimune, qui va réaliser ses essais cliniques en 2015. « Il s’agit d’une vraie rupture extrêmement prometteuse pour préserver la greffe, tout en protégeant le système immunitaire », relève Hedwige Schaepelynck. Pour cette dernière, la maturité de la filière nantaise se confirme surtout par la présence d’une grande variété de métiers : des sociétés de recherche sous contrat qui réalisent des travaux pour le compte de laboratoires, tel Atlanbio à Saint-André-des-Eaux ; des acteurs intervenant dans la galénique moderne (diriger un médicament jusqu’à la cible pour qu’il soit actif sans être toxique) à l’instar d’In Cell Art ; des sociétés de management d’essais cliniques, telles qu'AtlanStat, un statisticien réalisant des études et des analyses pour des laboratoires pharmaceutiques et des biotechs ; enfin, de nombreux laboratoires d’excellence, notamment dans les domaines des radiopharmaceutiques,  de la médecine régénératrice et des immunobiothérapies d’où sont issues de nombreuses start-up, mais aussi de jeunes doctorants.

Ainsi, l’école doctorale de l’Université de Nantes a créé une branche dédiée à la biologie-santé comptant 359 doctorants pour l’année 2014/2015. Son rôle consiste notamment à assurer la formation des docteurs et à recenser les thèses Cifre *, à l’instar de celle proposée par Biofortis sur le projet national sur le cancer IMODI. « Il s’agit d’une particularité locale directement liée à l’activité des laboratoires, très axés sur cette thématique », indique Mallory Pain, ingénieure responsable depuis juin dernier de la filière santébiotechnologies à l’Université de Nantes, premier campus à avoir mis en place une structuration en neuf filières économiques, afin notamment de valoriser les activités de la recherche en vue de les transformer en start-up.

Un campus scientifique riche

Xenothera, issu de l’Institut de transplantation urologie et néphrologie de Nantes, propose ainsi de nouvelles modalités thérapeutiques dans l’immunomodulation. « Nous réduisons l’expression d’un certain nombre de gènes chez l’animal afin de rendre un médicament d’origine animal compatible avec l’organisme humain, explique Odile Duvaux, directrice générale. Un premier produit immunosuppresseur et un traitement anticancéreux entreront en phase clinique en 2016 pour une commercialisation en 2019. » Pour ces divers acteurs, l’environnement nantais se révèle très favorable, tant à l’émergence des start-up qu’à leur développement, grâce notamment à la présence de tous les dispositifs de soutien à l’innovation et à la R&D mis en oeuvre par la France, telle la SATT (Société d’accélération du transfert technologique) Ouest Valorisation. Outre Atlanpole et le pôle de compétitivité Atlanpole biothérapies, Odile Duvaux vante également la richesse du campus scientifique. « De nombreuses plateformes technologiques au CHU proposent une large palette de prestations (dosage, purification, caractérisation cellulaire, statistiques) et la concentration de chercheurs permet de fournir des avis sur de nombreux sujets. »

C’est la raison pour laquelle Oncotherex a choisi en 2014 de s’installer à l’Institut de recherche en santé (IRS) de l’Université de Nantes, où émergent également plusieurs jeunes pousses dont Myelomax, Atlab ou encore Biomedical tissues. « Toutes les compétences en cancérologie y sont réunies, fait valoir Frédéric Notel, président de la société développant des technologies pour tester l’efficacité et personnaliser de nouveaux traitements du cancer du sein et de l’ovaire. Notre innovation permettra de réaliser des tests à partir de prélèvements de patientes et non plus de modèles tentant de reproduire la réalité », explique-t-il. En ciblant mieux les essais cliniques, on réduira la durée de la phase clinique et son coût. »

Créer un écosystème international

InFlectis Bioscience fonctionne de son côté avec plusieurs universités et des équipes du CHU de Nantes, telles la plateforme Therassay qui accompagne les start-up dans le développement de nouveaux médicaments. De même, Biomatlante (substituts osseux synthétiques) mène plusieurs projets collaboratifs avec les laboratoires Inserm, l’Université, l’École vétérinaire et des membres d’Atlanpole, dont Atlantic Bone Screen. « On trouve des ressources et des compétences dans la région nantaise, mais aussi en Pays de la Loire, à l’instar du Centre de transfert technologique du Mans (CTTM), qui permet de tester les caractéristiques des nouveaux matériaux », souligne Julien Dert, directeur administratif et financier de Biomatlante qui réalise 80 % de ses ventes dans une cinquantaine de pays et vise désormais le marché américain.

Alors que Leïla Nicolas, du fonds d’investissement Go Capital, confirme que les succès de Valneva (fusion de Vivalis et Intercell) et d’Effimune (accord de licence avec Janssen biotech, filiale de Jonson and Johnson), « montrent que la région réussit à faire pousser des start-up jusqu’au succès », Philippe Glédat tempère néanmoins cet enthousiasme. «Beaucoup d’innovations avec certaines spécificités se font dans la région, convient le directeur général d’InFlectis Bioscience. Mais la filière est-elle suffisamment forte pour mener à bien chaque projet ? ». Pour ce dernier, il convient de structurer davantage l’environnement pour créer un vrai écosystème de dimension internationale, à l’instar de ce qui existe à Cambridge ou San Francisco.

Zoom

L’enjeu capital du financement

L’accès à la ressource financière peut être soit le frein soit l’accélérateur du développement des biotechnologies. La région Ouest serait bien dotée en fonds d’investissement, essentiellement en amorçage et en réseaux de business angels qui « n’ont plus peur d’aller sur les biotechs », souligne Hedwige Schaepelynck d’Atlanpole.

Fin 2014, les investisseurs historiques * d’Effimune ont ainsi injecté 1 M€ dans la société. En 2014 également, InFlectis Bioscience a clôturé un premier tour d’amorçage de 1,75 M€ auprès de Go Capital, de Participations Besançon et de Bpifrance, et Atlanthera a levé 800 000 € auprès de Go Capital. Preuve du « dynamisme de la filière », selon Leïla Nicolas, spécialiste des biotechs chez Go Capital, 40 % du portefeuille du fonds régional sont composés de sociétés issues du secteur de la santé.

En phase de développement en revanche, il faut élargir ses recherches. Odile Duvaux craint que sa deuxième levée de fonds de 4 M€ d’ici à fin 2015 soit plus « compliquée ». En 2014, Xenothera a levé 810 000 € dont 400 000 € en love money, 300 000 € du réseau de business angels nantais Abab et le reste du fonds Pays de la Loire Développement. Des investisseurs lyonnais lui suggèrent de s’installer dans la métropole.


* Fondateurs, fonds de family office, Debioinnovation, Inserm transfert initiative et des individuels.

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