Commerce, industrie, services

Propos et débats

« Oubliez vos certitudes, un monde nouveau arrive ! »

Publié le 09/06/2016 - Par Nelly Lambert

Invité le 19 septembre de Passion Commerce, le rendez-vous annuel des commerçants, Yannick Roudaut répond aux questions de Plein Ouest. Conférencier, auteur* et entrepreneur, ce Nantais invite les chefs d’entreprise à s’inscrire dès aujourd’hui dans le monde de demain.

« Oubliez vos certitudes, un monde nouveau arrive ! »

Vous répétez souvent que le monde tel quel nous l’avons connu est mort...

Le monde dans lequel nous vivons est issu de la première révolution industrielle. Il repose sur un postulat de départ : l’accès infini aux ressources naturelles. En 250 ans, nous aurions ainsi consommé 80% des ressources fossiles. Il en resterait donc 20%. Entre-temps, la population mondiale est passée de moins d'1 milliard d’habitants à 7 milliards. Aujourd’hui, si tout le monde consommait comme un Nord-Américain, il faudrait 5 planètes Terre. Il y a donc un double problème : de ressources et démographique.
Autre facteur qui pose question : cette exploitation des ressources minières, cette hyperconsommation développée après la seconde guerre mondiale, repose sur la société du jetable, laquelle génère des pollutions et accélère le dérèglement climatique. Dans ces conditions, nous sommes obligés d’inventer un modèle économique qui ne reposera plus sur le mythe de la croissance infinie dans un monde fini. Nous devons sortir de l’obsolescence programmée, donc de la société du jetable. Ça veut dire quoi ? Que l’hyperconsommation, clé de voûte de notre modèle économique,  s’effondre. C’est ce que l’on est en train de vivre. L’économie mondiale patine. La croissance ne revient pas. Tout cela est lent, mais c’est un mouvement de fond.
 

Dans vos conférences, vous évoquez la notion de futur antérieur. De quoi s’agit-il ?

C’est une expression empruntée à Sandrine Roudaut dans son livre « l’Utopie, mode d’emploi ». Les contemporains d’un monde n’imaginent pas qu’il puisse changer. Ils regardent le futur en pensant que ce qui leur a réussi va se reproduire dans le futur. Ils regardent l’avenir avec un œil dans le rétroviseur. Mon propos est donc de dire : oubliez vos certitudes, parce qu’un monde nouveau arrive. Nous changeons de paradigme.
 

Quelles sont les mutations auxquelles les entreprises doivent se préparer ?

Nous passons d’une économie de propriétaires à une économie d’usagers, basée sur le partage. On va donc produire moins de biens et plus de services. Les entreprises vont donc obligées de repenser totalement leur modèle qui reposait sur le renouvellement rapide des produits. Si on revient sur du durable, elles vont par exemple devoir réfléchir à la vente de services pour pérenniser leur modèle économique, plutôt qu’à la vente de biens. On peut très bien imaginer une société qui, comme elle partagera davantage les biens, aura moins besoin de revenus pour acheter des choses qu’on ne détient plus en propre (voiture, outils, électroménager…). Et comme on aura moins de revenus, le rapport à l’argent, donc au travail, va changer. Si l’on écoute les jeunes aujourd’hui, ils souhaitent travailler, mais leur travail doit faire sens. Ils sont beaucoup moins carriéristes que leurs aînés et plus en recherche d’un équilibre de vie. Et ils ont raison !
 

Selon vous, à quoi l’entreprise de demain va-t-elle ressembler ?

Quand ils se lèvent le matin, 95% des individus ont envie de faire quelque chose d’utile et plaisant. Ça pousse l’entreprise à réfléchir à sa mission, son utilité. C’est donc aussi vertueux pour l’entreprise. On ne peut plus motiver des individus uniquement en leur demandant de produire. On est là pour réaliser en commun une mission, un vrai projet d’entreprise qui soude les collaborateurs. Ce sont les valeurs partagées qui font l’entreprise. Pas les murs.
Si les gens ont du temps libre, plus de souplesse dans leur travail, si on développe les tiers-lieux, on peut imaginer qu’il y aura davantage de flux dans les centres-villes, tout au long de la journée, avec des impacts positifs pour le commerce. Aujourd’hui, le commerçant ne voit pas grand monde dans la journée, excepté le midi ou après 18h. Si l’on envisage le développement du co-working dans des lieux de vie agréables, voire dans certains commerces, on a une population dont le rythme de travail est aménagé, souple. Il y aura alors beaucoup plus de monde dans le centre-ville. C’est une tendance à long terme, qui commence à se développer mais qui va prendre encore de nombreuses années. 

Zoom

Passion Commerce : le rendez-vous des commerçants

Passion Commerce se déroulera le 19 septembre à la CCI Nantes St-Nazaire. Outre l'intervention de Yannick Roudaut, cette 5e édition sera notamment l'occasion de désigner en direct le lauréat 2016 de l'opération "Mon commerce a des idées". Cet événement valorise les initiatives des commerçants sur les territoires. 

Vous préconisez de sortir du « tout rentabilité ». Qu’entendez-vous par là ? 

D’une entreprise qui avait une mission sociale et la nécessité d’être rentable, on est passé à une entreprise axée uniquement sur la rentabilité à partir des années 1970/1980 (révolution néolibérale). Je prône le retour à ce qui se faisait au 19e siècle ou au début du 20e, quand les entrepreneurs créaient une entreprise parce qu’ils avaient une vision économique. Ils étaient des aventuriers et non des gestionnaires.
Dire qu’il faut sortir du tout rentabilité, cela ne veut pas dire que l’on va créer des entreprises qui perdent de l’argent. On envisage une création avec un objectif vertueux, durable. C’est se poser des questions : Quel est mon impact social/sociétal ? Environnemental ? Est-ce que mes collaborateurs sont épanouis ? Est-ce que j’apporte un service à la collectivité ? Un entrepreneur, un commerçant qui travaille sur tous ces critères en même temps va créer plus de valeur financière que les autres parce qu’il aura des collaborateurs motivés, donc très productifs. Il aura un impact environnemental positif, car il aura réfléchi aux nouvelles technologies. Il sera en veille, donc en avance. Je vois encore trop d’entreprises qui ont une priorité : être rentables. Pour y arriver, elles s’enfoncent dans la guerre des prix. Or, on voit bien où cela mène : la France se désindustrialise, les petits commerces sont exsangues. Le critère prix est certes important, mais il n’est pas suffisant. Je pense qu’un commerçant doit avoir le courage de dire à ses clients « chez moi, certes, c’est 5 %,  voire 10% plus cher que chez les grandes marques internationales qui cassent les prix, mais quand vous venez chez moi, il y a l’accueil, le service après-vente, l’assurance que je vous vends un produit de qualité, que je suis à votre écoute. » Avec la solidarité territoriale, beaucoup sont désormais prêts à acheter des produits locaux. Ils ont compris qu’il faut être solidaire, aussi, avec les entreprises, parce que leur cadre de vie en dépend. On commence à comprendre aussi que si l’on veut un centre-ville animé, il faut être prêt à payer un peu plus cher. 

 

Vos propos impliquent une forte remise en question. De quelle manière sont-ils accueillis par les entrepreneurs, les commerçants ? 

Je rencontre trois profils.
Il y a ceux qui ont déjà compris cette mutation et sont en train de repenser leur modèle économique, leur commerce, leur relation au client, par le digital notamment. Ils innovent, ils créent du bien-être. On le voit dans le domaine des librairies par exemple, qui accueillent de plus en plus des cafés, des salons. Elles deviennent des centres culturels car c’est un secteur qui a beaucoup souffert ces dernières années du fait de la concurrence du e-commerce. Il y a vraiment des libraires qui se sont réinventés. Dès que l’on pense autrement, on peut trouver des solutions qui sont économiquement viables et révolutionnaires dans l’approche relation client.
Ensuite, il y a ceux qui sont prostrés. Ils représentent 60 % de ceux que je rencontre. Un peu perdus, ils se demandent comment ils vont faire. Ces personnes-là, il faut les accompagner, leur donner la possibilité de penser autrement, leur montrer le champ des possibles. On ne leur demande pas de changer en trois mois, mais d’entamer une mutation de leur modèle économique, tranquillement, sur les 5 prochaines années. Je suis optimiste sur ces gens-là.
Et puis il y a ceux, de moins en moins nombreux, qui se replient sur eux, ne veulent pas entendre parler de ce qui arrive. Et ceux-là vont beaucoup souffrir car ils n’imaginent pas se remettre en question. Ils disparaîtront. Ce n’est pas lié à l’âge, mais au mode de pensée.
 
*L’Alter Entreprise (2008), La Nouvelle Controverse (2013), et Zéro Pollution ! (à paraître en 2016) 

Des besoins ?

L'espace Produits & Services de la CCI Nantes St-Nazaire vous propose des produits ou services en lien sur #Plein Ouest #Commerce #Economie

Développer la visibilité de son site internet
Voir le produit
Formation web

Référencement : Soyez visible avec les bons mots clés !

Ateliers exception accueillante - HHA
Voir le produit
Ateliers exception accueillante - HHA

Développez un accueil exceptionnel pour créer la différence

Les bases de la cuisine sous vide
Voir le produit
Formation Restauration

Cuisine sous vide

> Accéder à toute l'offre CCI

Ces articles peuvent également vous intéresser :

Quel avenir pour le commerce rural ?

Commerce, industrie, services

27/05/2015

Loupe

Lire l'article

Quel avenir pour le commerce rural ?

« Nous devons réussir à mieux travailler ensemble »

Commerce, industrie, services

02/06/2014

Loupe

Lire l'article

« Nous devons réussir à mieux travailler ensemble »

Partage Twitter Partage Facebook Partage Google Plus Partage LinkedIn

Plein Ouest, l'eMag

Décrypter l'économie de nos territoires

A la une de Plein Ouest

Brèves

  • 26

    SEP

  • 26

    SEP

  • 26

    SEP

  • 09

    SEP

  • 18

    JUL

  • 16

    JUN

  • 16

    JUN

  • 10

    JUN

  • 09

    JUN

  • 06

    JUN

  • 29

    JAN

  • 19

    JAN

  • 07

    DEC

  • 26

    OCT

  • 05

    OCT

  • 02

    OCT

  • 02

    OCT

  • 17

    SEP

  • 15

    JUL

  • 06

    JUL

  • 17

    JUN

  • 01

    JUN

  • 27

    MAI

  • 04

    MAI

  • 30

    AVR

  • 10

    AVR

  • 19

    MAR

  • 19

    MAR

  • 03

    MAR

  • Le dernier dossier Plein OuestVoir tous les dossiers

    Rebondir après un échec

    Rebondir après un échec

    Recommander à un ami loader

    CCI Nantes St-Nazaire

    Voir toutes nos implantations
    CCI Pays de la Loire
    Le site web de la CCI Pays de la Loire  
    CCI.FR
    Le portail des Chambres de Commerce et d'Industrie