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Réduction des pertes alimentaires, la grande distribution en actions

Publié le 19/12/2016 - Par Magali Le Clanche

Fin novembre, à la CCI Nantes St-Nazaire, une rencontre professionnelle s’est tenue sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. Outre l’ADEME, Nantes Métropole et la DRAAF, plusieurs enseignes de la grande distribution sont venues témoigner. Retour sur ce fécond partage d’expériences.

Réduction des pertes alimentaires, la grande distribution en actions

Dix millions de tonnes de produits. C’est ce que les pertes alimentaires représentent chaque année en France, avec un impact écologique, social et économique. Un gâchis dans lequel chaque acteur de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation, a sa part de responsabilité. Le 29 novembre dernier, en partenariat avec Nantes Métropole, l’ADEME et la DRAAF, la CCI Nantes St-Nazaire a invité 5 enseignes de la grande distribution à partager leurs pratiques dans ce domaine.
Longtemps pointé du doigt pour la nourriture jetée, ce secteur a depuis parcouru du chemin. Acteur de la chaîne ayant le plus faible taux de perte (3,3 %), la distribution a multiplié les actions dans ce domaine, ces dernières années. Des avancées dues à des raisons économiques, des préoccupations écologiques et à l’impulsion donnée aussi par les pouvoirs publics. Avec la loi du 11 février 2016, la distribution a désormais l’interdiction de rendre impropres à la consommation les invendus encore consommables. Les magasins de plus de 400 m2 ont de même une obligation de don alimentaire à une ou plusieurs associations.


10 magasins suivis par l’ADEME

Reste qu’il y a, chez ces acteurs, une réelle volonté de faire bouger les lignes. En témoigne leur participation cette année à l’opération « La distribution engagée contre le gaspillage alimentaire », lancée par l’ADEME. Une démarche, retracée par Samy Guyet lors de la table ronde. « En France, 10 grandes et moyennes surfaces de 5 enseignes ont été accompagnées par l’ADEME pour dresser un état des lieux de leurs pertes alimentaires, mettre en place des actions correctives, puis observer les résultats obtenus », explique l’ingénieur Entreprises de l’ADEME Pays de la Loire. Cette opération s’est appuyée sur un audit classique sur site, croisé avec une analyse des données data des magasins. « La démarche a démontré qu’à travers des actions souvent simples et peu coûteuses, il a été possible de réduire le gaspillage de 22 % en 3 mois sur les 10 magasins, précise Samy Guyet. Si l’ensemble de la grande distribution obtenait ces résultats, elle réduirait son gaspillage alimentaire de 300 000 tonnes par an, soit une économie de 700 M€. »
 Si ce volume n’est pas atteint, la logique « anti-gaspi » s’amplifie. Et ce, à de multiples niveaux, comme l’ont illustré les enseignes présentes. La sensibilisation des équipes, et des partenaires plus largement, en fait partie. Selon Christophe Jolivet, il est essentiel de rassembler autour du sujet. « Pour s’inscrire dans le zéro gâchis, il s’agit entre autres de sensibiliser les parties prenantes, collaborateurs, clients, partenaires, etc., et de former les équipes terrain aux bons gestes, qu’il s’agisse d’améliorer la commande, l’implantation rayons ou le tri optimal des déchets. Un défi pour des supermarchés, qui emploient jusqu’à 1000 salariés, commente le directeur d’Auchan Saint-Herblain. Pour animer la démarche, au cœur du projet du magasin depuis 5 ans, un groupe de travail RSE réunit des responsables et collaborateurs de chaque service. Avec une communication régulière sur les avancées et les moyens pour réduire notamment les pertes alimentaires. » Pour le dirigeant, « il faut que cette idée se diffuse de manière active et avec envie. Elle doit être vécue comme un challenge quasi ludique et non une obligation. »


Création de comités anti-gaspi

Une approche présente aussi chez Carrefour. « Nous avons mis en place une équipe de 15 coachs pour nos hyper, indique Frédéric Portos, directeur Anti-Gaspi Anti-démarque chez Carrefour France. Ces experts produits apportent le bon sens, et les bonnes pratiques, à des équipes souvent prises par le rythme du commerce. » L’enseigne a également créé des comités anti-gaspi, qui se réunissent toutes les semaines au niveau des magasins. Objectif : suivre la feuille de route, en identifiant les décalages. « Dans le commerce, où nous avons souvent 1 000 choses à faire, le sujet doit être remis en permanence sur le haut de la pile. Les comités anti-gaspi y contribuent, en donnant à nos équipes des démarches plus assurées », précise Frédéric Portos. A cela s’ajoute la volonté d’entraîner le plus possible les clients dans cette dynamique. Des messages de rappel, par exemple, les invitent à reposer en caisse ou au rayon d’origine les denrées, qu’ils ne veulent finalement pas acheter.
Outre la sensibilisation, la grande distribution repense en profondeur ses modes d’organisation (prise de commandes, stockage, vente, etc.). Jean Leroyer, dirigeant du Super U Nantes Dalby, a observé ces mutations. « En 30 ans, le management d’un magasin s’est profondément transformé. Aujourd’hui, la société a de nouvelles préoccupations que l’on doit intégrer », dit-il. En 2013, dans le cadre du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, avec l’aide d’un prestataire conseil,   l’enseigne s’est engagée à plusieurs niveaux. Notamment sur l’amélioration du processus de travail. « Nous avons travaillé, par exemple, à optimiser les assortiments. Un faible pourcentage des références peut générer une part importante du gaspillage alimentaire, précise Jean Leroyer. Nous avons donc ajusté nos commandes et nos référencements. »
Parmi d’autres actions (sensibilisation des clients, du personnel, dons, réalisation d’un guide des bonnes pratiques…), l’enseigne a de même sensibilisé les fournisseurs afin d’allonger les dates limites de consommation (DLC) et d’utilisation optimale (DLUO) de 223 produits.


Ecouler les produits en fin de vie

Autre objectif, que s’est fixé la distribution : favoriser l’écoulement des produits en fin de vie ou « inaptes » à la vente. Sur ce terrain, Intermarché a exploré diverses pistes. Tout en agissant sur l’éco-conception des produits, l’enseigne s’emploie à gérer au mieux les produits en fin de date. Trois jours avant la fin de vie, les produits frais sont ainsi stickés en rouge et vendus à prix réduit. Le distributeur a été à l’origine également de l’apparition des denrées « moches ». « C’est un point de vente indépendant qui a pris cette initiative en 2014, avec des impacts qu’on n’attendait pas, relate Franck Daguin, administrateur région de l’enseigne. L’idée était d’introduire des produits, n’ayant pas le calibrage demandé mais des qualités nutritives identiques, dans le circuit de vente avec des décotes tarifaires. 1,2 tonne de fruits a été ainsi valorisée en 2014. » Cette année, 1 800 magasins de l’enseigne sensibilisent leurs clients à l’achat de produits « moches ». A cela s’ajoutent les dons de produits en fin de date aux associations d’aide alimentaire. « Cinq ans après le début de cette démarche, ce sont 28 bases logistiques, 64 unités de production et 2100 points de vente Intermarché et Netto qui donnent aujourd’hui. Soit 9 millions de repas en 2015. »
Des terrains, qu’explore aussi Leclerc depuis plusieurs années. « J’ai pris conscience du gaspillage en 2008, en abordant le bilan carbone suite au Grenelle de l’Environnement. On s’est rendu compte, dans notre magasin, que nous achetions et produisions trop de produits, qui finissaient à la poubelle. On marchait sur la tête ! », réagit Thomas Pocher, adhérent Leclerc Templeuve, président du Comité anti-gaspi de l’enseigne. En 2009, la grande surface a donc commencé le don ponctuel de produits, approchant la date de péremption, et décidé d’en démarquer certains. Visées : faire profiter les clients de promotions et réduire des pertes alimentaires coûteuses. « Jeter a un prix : entre 100 et 250 € par tonne de déchets alimentaires à traiter », rappelle le responsable. Aujourd’hui, Leclerc a poussé plus loin ses démarches. Après avoir généralisé le don alimentaire aux associations – l’équivalent d’un repas tous les 8 tickets de caisse -, l’enseigne est parvenue à « revaloriser » certaines denrées (fruits, légumes…), en les transformant pour obtenir des soupes ou des jus. « Ce modèle a donné naissance à la marque BON et bien. Co-création entre notre magasin, McCain et Randstad, cette initiative vise à lutter contre le gaspillage alimentaire à un niveau agricole et à créer des emplois locaux, explique Thomas Pocher. Démultiplier les ateliers BON et bien, en favorisant l’écoulement de ce type de produits, est désormais notre challenge. »
Autant d’exemples, et de réflexions en marche, qui montrent que le secteur a désormais dit « STOP » au gâchis.
 

Zoom

Cap sur un territoire zéro déchet
La table ronde du 29 novembre, qui a réuni les représentants de la grande distribution, sera suivie d’un 2nd temps fort, le 9 janvier 2017 à la CCI. A cette occasion, le secteur de la restauration viendra à son tour témoigner de ses pratiques pour réduire le gaspillage alimentaire. Pour la CCI Nantes St-Nazaire, engagée aux côtés de Nantes Métropole, de l’ADEME et de la DRAAF, ces temps forts ont vocation à mieux connaître et à valoriser les actions des entreprises. Ils permettent aussi d’identifier les moyens de conforter leurs démarches. Plus largement, cette opération s’inscrit dans une dynamique de territoire. Avec de nombreux partenaires publics, privés et associatifs, mobilisés pour réduire les déchets. Et accélérer ensemble la transition énergétique. Cet élan collectif, et les actions l’accompagnant, a d’ailleurs été salué cette année. Avec l’obtention, pour Nantes Métropole, du label « Territoire zéro déchet zéro gaspi ».
 

En savoir plus

10 actions pour agir contre le gaspi

Dans le cadre de l’opération « Distributeurs témoins », l’ADEME a invité les grandes surfaces à travailler sur 10 thématiques, déclinées en fiches actions :

1) Vente assistée des fruits et légumes

2) Coach anti-gaspi’

3) Diminuer le nombre de références

4) Optimisation du stickage

5) Mise en place zone dédiée stickage

6) Développement du don aux associations

7) Améliorer la politique d’achat des offres promotionnelles

8) Transformation des produits en magasin

9) Sensibilisation des clients

10) Sensibilisation des salariés

 

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